Créer son activité de VTC dans une petite commune, en pleine crise sanitaire, et parvenir à fédérer un réseau d’une vingtaine de chauffeurs partenaires : c’est le pari qu’a fait Jérémy Toulgoat en 2020, à Pluvigner, dans le Morbihan.
Avant de fonder Bretagne Chauffeur, Jérémy a connu plusieurs vies professionnelles, de la boulangerie au transport routier. Mais c’est dans le VTC qu’il a choisi de construire un nouveau projet entrepreneurial, avec une conviction : pour développer son activité, il ne suffit pas d’assurer des courses, il faut aussi se rendre visible, fidéliser ses clients et savoir s’entourer.
De ses premières cartes de visite à la création de sa propre application de réservation, en passant par la presse locale et le développement d’un réseau de chauffeurs indépendants, son parcours illustre comment une activité locale peut se structurer et gagner en visibilité, étape après étape.
Dans cette interview, Jérémy revient sur les choix, les difficultés et les stratégies qui ont façonné Bretagne Chauffeur, et partage les enseignements qu’il tire de cette aventure.
Légende : MAV (Mon Appli VTC), JT (Jérémy Toulgoat).
I. Votre parcours : les coulisses de votre réussite
MAV – Pouvez-vous vous présenter ? Depuis quand êtes-vous chauffeur VTC et comment avez-vous débuté dans cette activité ?
JT – Je m’appelle Jérémy Toulgoat et je suis le fondateur de Bretagne Chauffeur. Mon parcours ne commence pas dans le VTC.
De 1997 à 2002, j’ai été boulanger salarié, puis artisan boulanger et chef d’entreprise de 2002 à 2009. Ensuite, j’ai travaillé onze ans comme chauffeur routier : d’abord en régional, puis en national, avec aussi des déplacements vers l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas.
En septembre 2020, j’ai créé mon entreprise de transport de personnes, VTC au Carré, à Pluvigner, dans le Morbihan. C’était en pleine crise du Covid. Une grande partie de l’activité était à l’arrêt, et mes premières courses concernaient surtout des voyageurs arrivant à la gare d’Auray.
Je suis parti avec peu de moyens : des cartes de visite, une page Facebook et un site WordPress que j’avais fabriqué moi-même. On me disait qu’un VTC ne pourrait pas fonctionner depuis une petite commune. J’ai préféré essayer plutôt que de laisser cette idée décider de mon avenir.
MAV – Comment votre activité a-t-elle évolué depuis vos débuts ? Quelles ont été les principales étapes de son développement et comment décririez-vous votre activité aujourd’hui ?
JT – Au départ, je travaillais seul. J’ai rapidement constaté qu’une réservation refusée faute de disponibilité était une occasion perdue pour le client comme pour le chauffeur. Avant même de créer l’application, j’avais donc commencé à constituer un réseau grâce à l’Association des VTC du Morbihan, qui existe encore mais n’est plus active aujourd’hui.
Nous nous échangions les courses dans un groupe WhatsApp. Je recevais un appel, je publiais la demande, j’attendais les réponses des chauffeurs, puis je rappelais le client. Cela fonctionnait, mais au prix de beaucoup d’allers-retours et d’un temps considérable.
En 2022, nous avons engagé le développement de l’application Bretagne Chauffeur. À l’époque, ma société s’appelait encore VTC au Carré : le nom Bretagne Chauffeur est d’abord né avec l’application, avant d’être adopté pour l’ensemble de l’activité.
Aujourd’hui, Bretagne Chauffeur est une centrale de réservation déclarée qui s’appuie sur une vingtaine de chauffeurs partenaires indépendants, VTC et taxis partenaires, pour les trajets locaux, les gares, les aéroports, les déplacements professionnels et les longues distances. Nous réalisons plusieurs milliers de courses par an, tout en conservant notre ancrage local.
MAV – Vous travaillez aujourd’hui avec une flotte de plusieurs chauffeurs. Comment avez-vous développé cette organisation et quels sont les principaux facteurs qui permettent à votre équipe de fonctionner efficacement ?
JT – Le réseau est venu avant l’outil. L’Association des VTC du Morbihan a permis les premières rencontres, la confiance et les premiers échanges de courses. L’application a ensuite rendu cette coopération plus simple et plus structurée.
Nos partenaires sont des professionnels indépendants, pas une flotte de salariés. Chacun garde son entreprise et ses contraintes. En Bretagne, où les distances d’approche sont parfois importantes et la demande très variable, il faut être capable de communiquer et de s’adapter.
Je veux surtout souligner leur rôle : sans les chauffeurs partenaires, Bretagne Chauffeur n’aurait pas la même réalité. Leur professionnalisme, leur ponctualité et la qualité de leur accueil sont essentiels pour que les clients nous fassent confiance et reviennent. C’est grâce à eux que nous pouvons continuer à avancer et, je l’espère, à évoluer.
MAV – Depuis quand utilisez-vous Mon Appli VTC et pourquoi avez-vous choisi de vous équiper de votre propre application ? Qu’est-ce qu’elle vous apporte concrètement au quotidien ?
JT – L’idée est née d’un besoin très concret : sortir d’une gestion manuelle des réservations sur WhatsApp. En mai 2022, avec l’association, nous parlions déjà publiquement d’une plateforme bretonne de réservation. J’avais d’abord envisagé un développement avec des personnes issues d’écoles spécialisées, mais le calendrier aurait été trop long. J’ai alors recherché un partenaire et découvert Mon Appli VTC, puis contacté Mathieu (PDG et développeur de MAV) par téléphone et le démarrage de l’ appli a eu lieu en juin 2022.
Nous avons travaillé l’application ensemble au fil du temps. Au début, elle était beaucoup plus simple, notamment en noir et blanc. L’interface est devenue plus aboutie et colorée ; les moyens de paiement ont évolué, avec notamment l’arrivée d’Apple Pay.
Une évolution que j’apprécie particulièrement permet à un chauffeur, lorsqu’une course est proposée au réseau, de contacter le client avant de l’accepter. Il peut demander une précision ou convenir d’un léger ajustement d’horaire, par exemple de dix à quinze minutes. C’est une fonction pensée pour la réalité du terrain.
Mathieu reste un partenaire technique important : il assure le développement, prend en compte mes remontées et cherche à faire évoluer l’outil. De mon côté, je continue à conduire et à observer les besoins des clients et des chauffeurs. Cette complémentarité est précieuse. L’application nous apporte une réservation plus fluide, un tarif connu à l’avance, le paiement intégré et une organisation beaucoup moins artisanale.
II. Votre stratégie : comment se démarquer de la concurrence ?
MAV – Vous avez mis en place plusieurs actions pour faire connaître votre activité, notamment par le biais d’une communication stratégique et des parutions dans la presse locale. Comment vous est venue cette démarche et quelles actions concrètes avez-vous mises en place pour y arriver ?



JT – En 2020, j’avais peu de budget mais je savais qu’il fallait être visible. J’ai créé des cartes de visite, une page Facebook et mon premier site sous WordPress. J’ai aussi fait entièrement floquer ma voiture. Cela m’a valu des moqueries et beaucoup de remarques, mais je considère toujours ce véhicule comme l’une de mes meilleures publicités : partout où je circule, la marque est visible.
Après le lancement de l’application, nous avons ajouté plusieurs QR codes sur la voiture pour faciliter son téléchargement. C’était une façon très concrète de relier la visibilité sur la route à la réservation numérique.
J’ai également bénéficié de plusieurs articles dans Ouest-France et Le Télégramme : d’abord pour présenter la nouvelle entreprise, puis pour raconter le projet de plateforme, le développement de l’application et, plus récemment, les enjeux du métier. Une interview radio en mai 2022 avait aussi permis d’expliquer notre projet.
Aujourd’hui, notre communication repose sur plusieurs leviers : Meta, Google Ads, le site internet et la présence locale par exemple avec un panneau publicitaire de 4m2 dans l’ agglomération de vannes. Pour le site www.bretagne-chauffeur.fr, je travaille avec Kévin Touchard, de l’agence Hirello. Il nous accompagne sur cette vitrine essentielle et le fait vivre chaque mois avec des nouvelles pages et des articles de blog par exemple et des achats de backlinks. Mathieu fait évoluer l’application, Kévin travaille la visibilité web et moi, toujours sur le terrain, je fais remonter les besoins. Je ne développe pas tout tout seul : je m’entoure de compétences complémentaires.
MAV – Parmi toutes ces initiatives, lesquelles ont été les plus efficaces pour développer votre notoriété et attirer de nouveaux clients ? Avez-vous des résultats concrets ou des résultats que vous pourriez partager ?
JT – Je ne peux pas attribuer honnêtement chaque nouveau client à une seule action. Certains découvrent Bretagne Chauffeur via Google, d’autres via les publicités Meta, le site, les véhicules ou le bouche-à-oreille. Tous ces canaux se complètent.
En revanche, nous observons des téléchargements de l’application chaque jour, avec une saisonnalité très marquée. De mai à septembre, lors des périodes les plus dynamiques, nous pouvons dépasser quinze à vingt téléchargements par jour. L’activité ralentit naturellement en automne et en hiver, lorsque la fréquentation touristique baisse.
Pour donner un ordre de grandeur, en août 2026, le réseau a enregistré 476 courses, représentant environ 29 200 euros de chiffre d’affaires global des courses réalisées par les transporteurs, et 347 nouveaux clients selon nos données internes. Ce chiffre d’affaires n’est pas celui de la seule centrale Bretagne Chauffeur.
Le vrai résultat, à mes yeux, est d’avoir construit progressivement une marque déposée que les clients peuvent retrouver, télécharger et utiliser directement, sans repartir de zéro à chaque réservation.
MAV – Au-delà d’attirer de nouveaux clients, comment faites-vous pour donner envie à vos clients de faire de nouveau appel à vos services ?
JT – La fidélisation commence sur la première course : un tarif clair, une réservation simple, un chauffeur ponctuel, un véhicule confortable et une prestation sérieuse. L’application facilite la deuxième réservation, mais c’est le service rendu qui donne envie de revenir.
Nous restons aussi attentifs aux questions des clients et à la réactivité du service. Les notifications et certaines offres peuvent entretenir le lien, mais elles ne remplaceront jamais le travail des chauffeurs partenaires. Leur professionnalisme est notre meilleure publicité.

III. Vos enseignements et vos conseils
MAV – Quels conseils souhaitez-vous partager à un chauffeur indépendant qui souhaite développer son activité et attirer de nouveaux clients, mais qui ne sait pas par où commencer ?
JT – Je lui dirais de ne pas attendre que les clients arrivent tout seuls. Il faut se rendre visible, travailler sa présence locale, son site ou sa fiche Google, nouer des relations professionnelles et construire progressivement sa propre clientèle. J’ai commencé avec des cartes de visite et un site que j’avais fait moi-même.
Je lui conseillerais aussi de ne pas dépendre d’une seule source de réservations, et de raisonner en rentabilité plutôt qu’en nombre de courses. Les kilomètres d’approche, les charges et le temps passé comptent autant que le tarif affiché.
Enfin, il ne faut pas rester isolé. Un réseau de professionnels sérieux peut aider à répondre à des demandes que l’on ne pourrait pas assurer seul.
MAV – Avec du recul, quelle est la plus grande leçon que cette aventure entrepreneuriale vous a apprise, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan personnel ?
JT – La première difficulté, c’est le manque de visibilité. Dans notre métier, les charges reviennent chaque mois, mais personne ne peut garantir combien de courses seront réservées le mois suivant. Cette incertitude permanente est l’une des choses les plus difficiles à gérer pour un chauffeur et pour une centrale.
J’ai aussi traversé une période beaucoup plus éprouvante sur le plan personnel, avec des tensions autour de mon activité et des contrôles administratifs très poussés. Ces contrôles se sont terminés sans suite. À un moment, la pression était telle que j’ai sérieusement envisagé de fermer l’entreprise.
Puis je me suis rappelé les années de travail, les matins où je m’étais levé pour construire cette activité et tout ce qui avait déjà été réalisé. Je n’allais pas abandonner ce projet. J’ai choisi de continuer et de renforcer encore la structuration de mon entreprise.
Cette expérience m’a appris la persévérance, mais aussi l’importance de s’adapter. Les coûts changent, les véhicules évoluent, les habitudes de réservation aussi. Aujourd’hui, près de 80 % des véhicules de notre réseau sont électriques ou hybrides, selon notre estimation actuelle. Il faut sans cesse remettre son modèle à l’épreuve du terrain.
MAV – Quels sont vos prochains objectifs ou projets pour les mois à venir ?
JT – Je veux d’abord consolider ce que nous avons construit. Mon objectif n’est pas de m’étendre partout, mais d’améliorer notre disponibilité et notre qualité de service sur les secteurs où nous sommes déjà présents.
Nous allons continuer à travailler sur l’application avec Mathieu et sur notre visibilité avec Kévin. Je réfléchis également à la possibilité d’intégrer une première société partenaire à Saint Malo, maintenant que nous avons commencer à nous établir à Saint Brieuc mais il faudra trouver de nouveaux clients sur ces secteurs
Et surtout, je veux continuer à faire grandir Bretagne Chauffeur avec les partenaires indépendants qui font vivre le réseau chaque jour. Mon ambition est que l’application devienne un réflexe local pour réserver un VTC ou un taxi partenaire en Bretagne, tout en restant une entreprise solide et proche de ses clients.
Finalement, depuis le lancement de Bretagne Chauffeur en 2020, Jérémy Toulgoat a parcouru du chemin. Parti de l’envie de créer sa propre activité dans le VTC, il a progressivement développé son réseau de chauffeurs partenaires et exploré différentes façons de faire connaître ses services, de la communication locale à la création de sa propre application de réservation.
Son parcours rappelle qu’au-delà de la qualité du service, le développement d’une activité repose aussi sur la capacité à se rendre visible, à fidéliser sa clientèle et à faire évoluer son projet au fil du temps.
Si vous souhaitez découvrir plus en détail l’application Bretagne Chauffeur, vous pouvez accéder au téléchargement sur iOS et Android.





